Carnets de voyage

| Carnets de Voyage |
|
|
| Titre original |
Diarios de motocicleta |
| Réalisation |
Walter Salles |
| Acteur(s) |
Gael GARCIA BERNAL Rodrigo DE LA SERNA Mia MAESTRO |
| Scénario |
Jose RIVERA |
| Musique |
Gustavo Santaolalla, Jorge Drexler |
| Décors |
Carlos CONTI |
| Montage |
Daniel REZENDE |
| Producteur(s) |
Gael Garcia Bernal (Ernesto "Che" Guevara), Rodrigo de la Serna (Alberto Granado), Mercedes Moran (Celia de la Serna) |
|
|
| Durée |
118 MN |
| Sortie |
2004 |

Le film nous présente une étape peu connue de la vie de Che Guevara : son périple à travers l'Amérique du Sud quand il avait 23 ans, en 1952 avec son ami Alberto Granado. Ils étaient à l'époque respectivement étudiant en médecine, et biochimiste.
Alberto Granado, biochimiste de presque 30 ans, et Ernesto Guevara âgé de 24 ans, bientôt diplômé de médecine, quittent Buenos Aires pour un long périple qui leur fera traverser l'Argentine, le Chili, le Pérou, la Colombie et atteindre Caracas en 4 mois. Ils sont équipés d'une vieille moto (une Norton 500 cm³) surnommée « La Vigoureuse » (La Poderosa en espagnol). Mais la moto rend l'âme assez rapidement. Et dès le Chili, ils sont contraints de continuer à pied. Là ils découvrent un continent où les Indiens ont été chassés de leurs terres et où la lèpre fait des ravages. Au fil des rencontres qu'ils feront, ils se rendront compte de l'injustice que subissent ces peuples au point de transformer une simple aventure en un éveil de leur esprit social.Ils veulent arriver pour les 30 ans d'Alberto Granado.


La critique de télérama:
POUR Lumineuse odyssée L'idéal, ce serait d'entrer vierge dans la salle. Oublier l'auteur célèbre du livre qui a inspiré Walter Salles. Et ne voir, tout au long de ce road-movie initiatique, que l'odyssée de deux jeunes gens anonymes et joyeux, encore étrangers à leur destin, découvrant insensiblement un sens à leur vie. Nous sommes en janvier 1952. Le 4, très précisément, deux copains quittent Buenos Aires pour un périple de plusieurs mois à la découverte de l'Amérique latine. Un voyage de plusieurs milliers de kilomètres à travers la Patagonie, le Chili, le Pérou, pour aboutir à l'extrême nord du Venezuela. Alberto (Rodrigo de la Serna) frôle les 30 ans. Un rien enveloppé, il se dit « scientifique errant autoproclamé », aime manger, boire, danser et séduire : une fille dans chaque ville, telle voudrait être sa devise. Ernesto (Gael García Bernal), dit « Fuser », 23 ans, est étudiant en médecine, il est mince, beau, chouchou de sa riche famille et asthmatique. Don Quichotte et Sancho Pança avaient leur Rossinante. Ernesto et Alberto ont une moto nettement moins fringante que sa marque (une Norton 500) et que son nom : « la Poderosa », autrement dit la Vigoureuse. Tant pis : les deux amis sillonnent les routes, s'engueulent à qui mieux mieux à propos d'une tente emportée par le vent, ou de la manie absurde d'Ernesto de vouloir dire la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, à ceux qui ne la lui demandent pas. Alberto a beau lui répéter que le gens n'aiment entendre que ce qu'ils veulent, Ernesto l'idéaliste s'obstine... Et Walter Salles filme avec bonheur et drôlerie les incidents cocasses vécus par ces deux inséparables complémentaires. Alberto drague tout ce qui bouge. Ernesto se fait draguer, sur un air de Chipi Chipi, par l'épouse d'un garagiste chilien qui a momentanément remis en état une Poderosa à bout de souffle. Mais avec une finesse que ne révélaient pas toujours ses autres films (Terre lointaine, Central do Brasil), Walter Salles laisse peu à peu deviner la découverte, par deux bourgeois plutôt sages, au destin apparemment tout tracé, d'une réalité qu'ils ne faisaient que soupçonner. La beauté de leur terre. La misère de ceux qui y vivent. Appelé auprès d'une vieille servante sur le point de rendre l'âme, Ernesto découvre un « coeur simple » à la Flaubert dont « les yeux, au seuil de la mort, exprimaient le désir éperdu d'être pardonnée et le besoin ardent d'être consolée ». Autre choc : la rencontre avec des journaliers chiliens : « Vous aussi, vous cherchez du travail ? » demandent l'homme et la femme aux deux amis. « Non », répondent-ils. « Alors pourquoi vous voyagez ? » réplique la femme. Car eux, s'ils errent ainsi à la recherche d'un travail, même dangereux, c'est parce qu'ils ont été chassés de chez eux pour s'être déclarés communistes. Comment lutter contre les propriétaires tyranniques ? C'est un paysan péruvien qui le fait comprendre à Ernesto : il faut s'unir entre déshérités. C'est auprès de plus opprimé que soi qu'on peut trouver de l'aide. Ce qu'apprennent les deux jeunes gens, c'est l'idée de la révolte permanente. Ne jamais accepter l'inacceptable. Débusquer l'injustice tapie, parfois, au coeur même de la générosité, comme le découvrent Ernesto et Alberto dans cette léproserie où la mère supérieure refuse de nourrir ceux qui ne vont pas à la messe... A la fin de ce voyage picaresque où Walter Salles parvient à rendre beaux les bons sentiments, les deux copains se séparent. Alberto Granado s'apprête à devenir adulte : il veut un métier, une femme, des enfants. Ernesto Guevara, lui, reste encore au seuil de l'existence, sans se rendre compte que ce périple a changé sa vie. Seulement l'engagement révolutionnaire, ce sera pour plus tard. Et l'héroïsme romantique, le surnom du « Che » (dans le film, deux Chiliennes se moquent gentiment de cette manie argentine de mettre des « che » partout !), la mort en Bolivie et la photo célèbre, reprise sur des millions de tee-shirts, qui feront de lui l'icône de toutes les jeunesses. Ce sera une autre histoire. Un autre film. Pierre Murat CONTRE Un Che sans saveur Le Che sur les routes, dans l'élan de sa jeunesse, c'est un peu comme Rimbaud sur les sentiers : l'image de la liberté, la naissance d'un mythe. Mais aussi un moment très mystérieux : de cette confrontation au monde va surgir une conscience, un destin. On s'imagine donc que Walter Salles est parti sur la piste d'un secret. En fait, il se contente de suivre la moto de son héros. Vroum, vroum, le Che vient de passer. Son copain blagueur pèse lourd sur la selle, mais rien ne les arrêtera : ils tracent. Le paysage défile, et l'apprentissage de la vie tient alors en peu de mots : gare aux sorties de route, gaffe aux troupeaux de vaches ! Une vie de Che à la va comme je te pousse. Walter Salles ne semble pas réaliser qu'il passe à côté de son film. Il est bien trop occupé à faire en sorte qu'on ne sente précisément rien passer. Comme si ce Brésilien un peu trop international avait mis sa bonne volonté dans une morale du spectacle à l'américaine : surtout ne pas ennuyer le spectateur ! Tout le film est construit sur un incroyable présupposé : le Che, même dans ses vertes années, ça risque fort d'être un sujet plombant, trop sérieux, trop intello de gauche, trop emblématique du combat politique, aujourd'hui encore... On imagine le producteur : « Va falloir mettre des sentiments là-dedans ! » Salles n'y est pas allé de main morte, aboutissant à un personnage d'une grande naïveté. Un joli garçon qui fait valser le coeur des filles d'Amérique latine, et qui comprend finalement qu'il a un coeur lui aussi, en découvrant la misère des lépreux. De cette sanctification à peu de frais, le Che ressort complètement délavé. Frédéric Strauss
Pierre Murat*Frédéric Strauss
Télérama, Samedi 11 septembre 2004

